AD432: Qui veut du vaccin anti-COVID-19? Forte réticence dans 5 pays d'Afrique de l'Ouest

Dispatches
2021
432
Aminatou Seydou

Même si l'Afrique a, jusqu'à présent, été épargnée par la mortalité massive due à la COVID- 19 observée dans d'autres régions, les autorités sanitaires conseillent vivement aux dirigeants africains de mettre en œuvre des opérations de vaccination de masse (France24, 2021). L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS, 2021a) rapporte que les pays sont effectivement en train de se mobiliser pour distribuer des vaccins face à la récente recrudescence des infections aux coronavirus, notamment de nouvelles variantes qui se répandent plus vite.

L’organisme Africa CDC (Centres for Disease Control and Prevention) estime qu'il faudrait vacciner au moins 60% de la population du continent pour créer une immunité communautaire qui protégerait les Africains et, par extension, le reste du monde (Anna, 2020). Ceci est une action extrêmement complexe et coûteuse, mais moins onéreuse que le maintien ou la reprise des restrictions économiques, éducatives, et sociales qui ont protégés les populations jusqu'à présent (Lancet, 2020).

Si l'Afrique est à la traîne par rapport à d'autres régions pour ce qui est de la disponibilité des vaccins, les expéditions s'accélèrent avec un nombre croissant de pays, dont le Ghana, le Kenya, la Côte d'Ivoire, le Nigeria, l'Afrique du Sud, l'Angola, et le Zimbabwe (Petesch, 2021; BBC News, 2021a; CNN, 2021; Kyobutungi, 2021; OMS, 2021b). L'initiative COVAX pour un accès global et équitable au vaccin anti-COVID-19 et l'Union Africaine s'emploient à obtenir et faire livrer des centaines de millions de doses au continent dans les mois à venir (OMS, 2021c; Jerving, 2021).

Parmi la multitude de défis à relever pour vacciner une population – du financement à l'accès équitable au marché global des vaccins, en passant par les difficultés logistiques de transport, de stockage, et d'administration des vaccins (Edward-Ekpu, 2021; DW, 2021) – la réticence ou résistance au vaccin n’est pas le moindre. Alimentée par la méfiance à l'égard du système sanitaire et des instances politiques, la méfiance populaire face à la vaccination est un phénomène grandissant dans le monde entier. En 2019 – avant la pandémie de la COVID-19 – l'OMS (2019) a établi que la réticence à se faire vacciner était l'une des 10 plus grandes menaces à la santé mondiale.

Une enquête récente conduite par Africa CDC (2020) a révélé que quatre répondants sur cinq (79%) dans 15 pays africains ont affirmé être disposés à recevoir un vaccin anti-COVID- 19. Cette enquête attribue la réticence à des doutes relatifs à l'innocuité et à l'efficacité des vaccins et à des informations erronées sur la COVID-19, comme par exemple son inexistence réelle, son caractère inoffensif, ou la possibilité de la guérir par des traitements alternatifs. Une autre étude réalisée dans 19 pays du monde, dont l'Afrique du Sud et le Nigeria, a révélé que 72% des répondants ont déclaré que la probabilité pour eux de se faire vacciner contre la COVID-19 était élevée (Lazarus et al., 2020).

Mais les enquêtes d'Afrobarometer réalisées dans cinq pays d'Afrique de l'Ouest (Bénin, Libéria, Niger, Sénégal, et Togo) auprès d’échantillons représentatifs à l’échelle nationale présentent des résultats moins optimistes: En moyenne, seules quatre sur 10 personnes seraient susceptibles d'essayer de se faire vacciner, dont seulement un sur trois Libériens et un sur cinq Sénégalais. La plupart affirment ne pas faire confiance à leur gouvernement pour garantir l'innocuité des vaccins.