AD492:Au-delà les frontières: Les Africains pour un développement auto-déterminé mais sceptiques quant au libre-échange

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Dépêches
2021
492
Josephine Appiah-Nyamekye Sanny et Jaynisha Patel

La Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (ZLECA) a démarré ses activités le 1er janvier 2021, promettant aux ressortissants de toutes les couches socio-économiques la possibilité de participer à la croissance économique dans la plus grande zone de libre- échange du monde. Signée par 54 pays africains, et ratifiée par 28 (African Business, 2021),

avec un produit intérieur brut combiné d'environ 2 200 milliards de dollars américains, la ZLECA devrait accroître les volumes de commerce et d'investissement transfrontaliers, et permettre des transferts de technologies et une hausse des revenus, afin de sortir 30 millions d'Africains de l'extrême pauvreté d'ici 2035 (Abrego et al., 2020 ; Banque Mondiale, 2020a).

Ambitieuse à souhait, la ZLECA se heurte à une multitude d'obstacles

à sa mise en œuvre effective, des difficultés liées aux infrastructures commerciales, au capital humain et aux technologies de l'information et de la

communication, aux considérations stratégiques et réglementaires non encore résolues, notamment l'absence d'une monnaie d’échange commune (Albert, 2019 ; Erasmus, 2020).

Les embûches – et les enjeux – sont d'autant plus importants du fait de la pandémie de COVID-19, qui bouleverse les schémas d'interconnexion en Afrique et dans le monde, et met en exergue la vulnérabilité des chaînes d'approvisionnement mondiales (Chudik et al., 2020 ; Banque Mondiale, 2020a). Selon la Banque Mondiale (2020b), toutes les régions du monde ont subi un ralentissement de la croissance. Les perspectives économiques mondiales évaluent à 3% la contraction des économies d'Afrique subsaharienne en 2020 (Fonds Monétaire International, 2020). Pour ce qui est des économies africaines qui dépendent de l'exploitation et de l'exportation de ressources naturelles à travers l'agriculture, l'exploitation minière et la sylviculture (Hawker, 2020), les perturbations majeures de la chaîne d'approvisionnement ne font que renforcer le besoin d'autosuffisance.

Dans le même temps, l'aide au développement en faveur du continent a marqué un temps d'arrêt. Selon les statistiques sur le développement humain du Programme des Nations Unies pour le Développement (2020), l'aide au développement exprimée en pourcentage du produit national brut s'est maintenue entre 2,3% et 2,8% au cours de la dernière décennie et devrait diminuer, étant donné que les pays développés réduisent leurs budgets consacrés à 

l'aide au développement en raison de la pression croissante exercée par leurs populations et visant à les inciter à allouer des ressources à l'interne (Wintour, 2021).

Le succès de la mise en œuvre de la ZLECA face à ces pressions requiert une volonté politique ainsi que l'adhésion de l'Africain lambda dont le travail, le capital et les connaissances sont les éléments vitaux d'un marché unique.

Les enquêtes d'Afrobarometer réalisées dans 34 pays africains en 2019/2021 suggèrent que de nombreux Africains ne sont toujours pas convaincus des avantages du libre-échange. Des proportions non négligeables de la population – plus de la moitié dans certains pays – sont sceptiques quant à l'ouverture de leurs frontières aux entreprises et produits d'autres pays ou régions, préférant que leur gouvernement protège les producteurs nationaux. En pratique, la plupart affirment qu'il est difficile de traverser les frontières internationales dans leur région pour aller travailler ou faire du commerce.

Pour ce qui est du développement, la majorité des Africains sont ouverts à l'influence économique et politique des États-Unis, de la Chine et d'autres acteurs internationaux. Mais ils sont plus portés sur l'auto-détermination que sur les prêts extérieurs et l'interdépendance mondiale.