AD428: En Afrique, le soutien à la fiscalité régresse et la perception de l'évasion fiscale croît

Bienvenue à la section des publications d’Afrobaromètre. Pour des brèves analyses d’actualité, veuillez voir nos notes informatives (pour les séries d’enquêtes 1-5) et dépêches (à partir de la Série 6). Pour des analyses plus longues et techniques, se focalisant sur des questions de politique, regardez nos documents de politique. Nos documents de travail sont des analyses approfondies destinées à la publication dans des revues académiques ou des livres. Vous pouvez aussi rechercher dans toute la base des publications à partir des mots-clés, la langue, le pays, et/ou l’auteur.

Filter content by:

Dépêches
2021
428
Thomas Isbell et Lulu Olan’g
La fiscalité est un outil clé pour la mobilisation des ressources intérieures dans le monde entier. Dans nombre de pays africains, en revanche, les carences des systèmes d'administration fiscale réduisent la capacité des gouvernements à financer leurs programmes de développement et à fournir les services essentiels tels que les soins de santé, l'éducation, et les infrastructures (Drummond, Daal, Srivastava, & Oliveira, 2012).

Les recettes fiscales sont relativement peu importantes sur l'ensemble du continent. En 2018, 30 pays africains présentaient un ratio moyen de 16,5% entre les recettes fiscales et le produit intérieur brut, soit moins de la moitié du ratio observé dans les pays membres beaucoup plus riches de l'Organisation de Coopération et de Développement Economiques (34,3%) (OCDE/CUA/ATAF, 2020).

Outre les insuffisances de capacité des organismes fiscaux gouvernementaux, la faiblesse des recettes fiscales peut être liée à des facteurs macroéconomiques tels que les grands secteurs agricoles et informels, généralement difficiles à fiscaliser (Di John, 2006; Mansour & Keen, 2009; Coulibaly & Gandhi, 2018; Moore, Prichard, & Fjeldstad, 2018). Une des questions qui se posent actuellement porte sur les modalités de taxation des entreprises hautement digitales – qui opèrent dans les pays africains sans nécessairement avoir une présence physique aisément imposable – dans des conditions équitables et qui n'entravent pas la croissance des nouvelles entreprises (Forum sur l’Administration Fiscale Africaine, 2020).

Mais la faiblesse des recettes fiscales peut aussi résulter de facteurs microéconomiques tels que la disposition des citoyens à payer des impôts (« conscience fiscale »), leur connaissance de ce dont ils sont redevables et de la destination de leurs impôts, ainsi que leur perception de la corruption dans l'administration fiscale (OCDE, 2019). Si les citoyens considèrent le paiement des impôts comme un échange fiscal ou une relation contractuelle (Moore, 2004), ces perceptions peuvent affecter la légitimité de la fiscalité dans son ensemble (D'Arcy, 2011).

Il ressort des données de l'enquête Afrobarometer recueillies dans 18 pays africains en 2019/2020 qu'une majorité d'Africains approuvent le droit de leur gouvernement à percevoir des impôts. Mais ce soutien à la fiscalité s'est affaibli au cours de la dernière décennie, tandis que le sentiment que les gens évitent souvent de payer leurs impôts a fortement progressé.

Par ailleurs, de nombreux Africains contestent l'équité de la charge fiscale de leur pays, et à peine la moitié d'entre eux estiment que le gouvernement consacre les recettes fiscales au bien-être de ses administrés.

Alors qu'une majorité d'entre eux seraient disposés à payer plus d'impôts pour soutenir les jeunes et le développement national, la plupart affirment avoir du mal à obtenir des informations sur les exigences et l'utilisation des impôts, et beaucoup considèrent les agents des impôts corrompus et indignes de confiance. De telles perceptions peuvent jouer un rôle dans la disposition des citoyens à soutenir – et à respecter – l'administration fiscale de leur gouvernement.