AD383: Les Gabonais revendiquent leur attachement à l’identité nationale mais sont méfiants vis-à-vis des autres

Welcome to the Afrobarometer publications section. For short, topical analyses, try our briefing papers (for survey rounds 1-5) and dispatches (starting with Round 6). For longer, more technical analyses of policy issues, check our policy papers. Our working papers are full-length analytical pieces developed for publication in academic journals or books. You can also search the entire publications database by keyword(s), language, country, and/or author.

Can't find a document?

As we work to upgrade our website, occasional technical issues may cause some links to break and some documents to be temporarily unavailable. If you're unable to find a specific document, please email [email protected]

Filter content by:

Dispatches
2020
383
Christian Wali Wali and Lionel Ossé

Depuis le retour au multipartisme en 1990, consécutif à la tenue de la Conférence Nationale Souveraine, le Gabon n’échappe pas au débat sur la question identitaire. En effet, avec plus de 50 ethnies, la question des identités est régulièrement soulevée dans le débat national et se pose comme un obstacle à la construction d’une nation post-ethnique (Etoughé, 2003). Le processus de l’élection présidentielle anticipée de 2009 avait d’ailleurs montré une sorte de fracture ethno-politique suscitant le débat sur le repli identitaire. Or, dans la conscience collective gabonaise, le repli identitaire tend à renvoyer au vote ethnolinguistique qui est le fait de voter un candidat sur la base de l’appartenance à un même groupe ethnique plutôt que sur la base de son programme ou de son idéologie (Wali Wali, 2013). Le fait ethnique est donc au cœur de la réalité sociale et politique gabonaise (Galley & Loungou, 2007).  

De plus, la mise en valeur des cultures des groupes ethniques lors des évènements comme la fête des cultures laisse craindre chez certaines personnes le développement du communautarisme. Pays multiculturel, le Gabon est confronté à la tension permanente de la construction de son identité nationale tout en trouvant une place aux identités des groupes culturels. Et pourtant, c’est ce multiculturalisme qui définit le mieux l’identité gabonaise, ainsi   « être gabonais » serait le fruit d’éléments divers tels que la démographie, la géographie, l’histoire, l’économie, la politique, l’anthropologie, etc. (Rossatanga-Rignault, 2015). De même, la construction d’une véritable identité gabonaise, sujet de débats et controverses dans le pays, s’articulerait autour du besoin de forger un projet commun dans lequel le Gabonais sera celui qui s’identifie au Gabon et qui adhère au projet de vie commune en faisant sien les intérêts du Gabon (Critica, 2018). Le problème qui se pose face à cette définition du vivre-ensemble est essentiellement l’instrumentalisation politique de l’ethnie par les acteurs politiques nationaux notamment par une sorte d’appropriation et de privatisation ethniques de certains espaces (Midépé, 2011).

Au regard de la forte urbanisation du pays et de sa vieille tradition d’immigration, comment les Gabonais perçoivent-ils leurs identités aujourd’hui?

Les résultats de la dernière enquête Afrobarometer montrent que les Gabonais revendiquent plus ou autant leur identité nationale que leur appartenance ethnique. Cependant, au-delà de cette harmonie, plus de la moitié des sondés affirment tout de même que leur groupe ethnique ou culturel subit des traitements injustes par le gouvernement, et la majorité des Gabonais estiment qu’il y’a plus qui les divise que ce qui les unit.