AD294: Se faire justice soi-même, une solution par défaut à Madagascar?

Welcome to the Afrobarometer publications section. For short, topical analyses, try our briefing papers (for survey rounds 1-5) and dispatches (starting with Round 6). For longer, more technical analyses of policy issues, check our policy papers. Our working papers are full-length analytical pieces developed for publication in academic journals or books. You can also search the entire publications database by keyword(s), language, country, and/or author.

Filter content by:

Dispatches
2019
294
Désiré Razafindrazaka, Laetitia Razafimamonjy, Patricia Ramanamandimby, Ellora Soulisse, et Sitraka Razanakoto

Un phénomène rare avant la crise politique de 2009, la pratique de la vindicte populaire semble augmenter à Madagascar. Du Nord au Sud, de nombreuses régions sont concernées par la volonté de la population elle-même de punir des agressions sexuelles, des dahalo (bandits), des vols à la tire, et autres délits. Des cas remarquables ont montré que le lynchage peut s’abattre sur n’importe quel individu lambda soupçonné d’avoir commis un délit (Madagascar Matin, 2016; Mada-actus.info, 2018).

Cette justice populaire, appelée aussi fitsaram-bahoaka en malgache, va à l’encontre des éléments qui définissent la justice pénale, comme la présomption d’innocence. Elle tente de s’apparenter à la notion de justice alors qu’elle est bien considérée comme un crime (Etika, 2013). Pour y remédier, des initiatives du gouvernement existent telles que le partenariat entre l’état, à travers le Ministère de la Justice, et le programme « Renforcement Etat de Droit » du Programme des Nations Unies pour le Développement, qui organise depuis peu des ateliers de sensibilisation en rapprochant les autorités locales et les citoyens, tout en vulgarisant quelques éléments juridiques sur le sujet (NewsMada, 2017).

Selon la plus récente enquête d’Afrobaromètre à Madagascar, quatre Malgaches sur 10 sont d’accord pour l’application des vindictes populaires, pratique qui prévaut déjà dans les localités de résidence du quart de la population. Cette idée est davantage soutenue par les ruraux et les répondants de niveau primaire et les non-scolarisés. Le paradoxe est que, c’est dans les zones où les forces de l’ordre sont les plus présentes qu’on rencontre le plus de vindictes populaires.

Par ailleurs, une forme de justice communautaire acceptée par tous est présente dans le pays. Les dina ou pactes communautaires, une justice ancestrale composée de règles sociales au niveau local, impose des sanctions en cas de délit. Ces sanctions se présentent souvent sous forme d’une amende, bien qu’aujourd’hui elles peuvent prendre d’autres formes.

Related content