PP58: Les Africains désirent des élections transparentes – surtout celles porteuses d’alternance

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Documents de politiques
2019
58
Michael Bratton et Sadhiska Bhoojedhur

Désormais, les observateurs soutiennent généralement que les élections multipartites sont institutionnalisées comme élément standard de la politique africaine (Posner & Young, 2007; Bratton, 2013; Cheeseman, 2018; Bleck & van de Walle, 2019). Ils veulent ainsi dire que le choix et l'alternance des dirigeants politiques s'opèrent le plus souvent à travers des joutes électorales compétitives. A la suite d'une vague d’alternance dans les années ’90, la grande majorité des pays africains ont abandonné les systèmes à parti unique et les régimes militaires en faveur de constitutions démocratiques qui garantissent – tout au moins en théorie – des droits civils et politiques, un contrôle civil de l'armée, et le contrôle législatif et juridique des actions de l'organe exécutif du gouvernement. Presque tous les pays ont adopté un cycle régulier d'élections (généralement quinquennal), et beaucoup ont imposé des limites constitutionnelles au nombre de mandats que les présidents africains peuvent briguer (généralement deux). Aujourd'hui, sous l'impulsion de la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance de l'Union Africaine, tous les leaders politiques se sentent obligés d'observer tout au moins symboliquement un ensemble nouveau de normes électorales continentales.

En bref, les élections sont maintenant intégrées dans la réglementation formelle gouvernant la politique sur le continent. Mais l'institutionnalisation des élections nécessite plus qu'une proclamation internationale, une constitution ambitieuse, et un cadre de statuts et règlements bien rédigé. Elle nécessite également que les acteurs politiques à tous les niveaux du système politique élèvent les élections ouvertes au rang de méthode privilégiée pour sélectionner et tenir responsables leurs dirigeants chefs. En d'autres termes, aussi bien les politiciens que les citoyens devront s'engager sincèrement à défendre les élections et à les protéger vigoureusement au cas où les procédures électorales viendraient à être menacées.

Tout indique déjà pourtant que certains présidents africains sont prêts à abandonner volontiers la limitation des mandats présidentiels (Dulani, 2011) – un revirement, par exemple, que le Parlement togolais a ratifiée en mai 2019. Et les leaders politiques sont trop souvent tentés de manipuler les processus électoraux et les résultats qui en découlent dans le but de conserver le pouvoir (Cheeseman & Klaas, 2018) – comme Joseph Kabila l'a démontré lors des élections générales de décembre 2018 en République Démocratique du Congo (RDC).1 Dans ces circonstances, la charge de la protection d'élections ouvertes et compétitives relève en grande partie de la responsabilité des citoyens africains ordinaires. Les responsabilités politiques de l'homme et de la femme de la rue constituent le dernier rempart lorsque les leaders enfreignent les normes électorales largement admises.

En conséquence, plusieurs questions majeures se posent: Les Africains soutiennent-ils effectivement les élections? Considèrent-ils les élections africaines libres et transparentes? Les compétitions électorales de grande qualité accroissent-elles la valeur que les citoyens accordent aux élections?

Ce numéro des Pan-Africa Profiles apporte des réponses affirmatives à toutes ces questions. Sur la base de récentes données d'enquête d'Afrobaromètre couvrant plus de 30 pays à travers les principales régions géographiques de l'Afrique, nous constatons que les Africains désirent des élections ouvertes et pensent, pour la plupart, en bénéficier. Dans une large mesure, le soutien populaire aux élections est motivé par la liberté et la transparence du processus électoral telles que perçues. En fouillant davantage, nous observons que la qualité des élections – et donc le soutien populaire – semble dépendre de ce que les élections apportent ou pas une alternance politique, que nous définissons comme le changement non seulement du premier dirigeant, mais également du parti au pouvoir. Cet « effet de changement » suggère que les préférences politiques du grand public sont aussi importantes – sinon plus importantes – que la réglementation politique formelle pour la santé de la démocratie en Afrique.

Voir ici pour le communiqué de presse. Pour le rapport complet, cliquez sur "Télécharger maintenant" ci-dessous.

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