AD238: Les Togolais tolérants envers (la majorité) des minorités et en faveur de l’égalité des sexes

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Dépêches
2018
238
Thomas Isbell et Hervé Akinocho

Le gouvernement togolais a récemment pris des mesures en vue de protéger les droits de la femme et des minorités. L’une consiste en la promulgation, après plusieurs années de lutte des organisations de protection des droits humains, d’un nouveau code pénal en novembre 2015 qui consacre un renforcement des protections contre les violences faites sur la base du sexe et les discriminations faites sur la base du sexe, de l’origine ethnique, de la religion, et d’autres facteurs. Il faut cependant noter que ce texte renforce les sanctions en direction des personnes qui entretiennent des relations homosexuelles (Journal Officiel, 2015).

L’autre avancée au niveau des textes concerne la loi portant sur le droit foncier, adopté par l’Assemblée Nationale en juin 2018, qui harmonise la cohabitation du droit traditionnel et du droit moderne et consacre l’égalité entre la femme et l’homme (Kakpo, 2018; Korolakina, 2016; LomeChrono, 2018).

Le plaidoyer de la société civile et un programme du gouvernement visant la conversion des exciseuses traditionnelles en agents de développement économique en mettant à leur disposition des prêts et des formations auraient favorisés la baisse de la prévalence de l’excision (Ministère de l’Action Sociale, de la Promotion de la Femme, de la Protection de l’Enfant et des Personnes Agées, 2008; Dagban-Zonvide, 2013; 27avril.com, 2014; Réaux, 2018). Selon la troisième Enquête Démographique et de Santé au Togo (2013), le taux de prévalence de l’excision baisse avec l’âge des femmes, allant de 10,2% chez les femmes de 40 à 45 ans à 0,3% chez les moins de 15 ans. Les mariages précoces (avant 15 ans) sont également en recul, allant de 11,1% chez les femmes de 45 à 49 ans à 1,9% chez les 15-19 ans.

Malgré les avancées sur certains points, la réalité est encore tout autre dans plusieurs domaines. Ainsi, contrairement à la promesse de parité homme-femme faite par le Président Faure Gnassingbé, avant les législatives de 2013, 19% seulement des élus à l’Assemblée Nationale étaient de sexe féminin. La représentation des femmes dans l’équipe gouvernementale ne permet pas de redresser la barre car elle est également de 19% (Republicoftogo.com, 2018; Assemblée Nationale Togolaise, 2015). Quand bien même il y a amélioration au niveau de l’accès des filles à l’éducation, leur rétention dans le système demeure toujours problématique (PASEC, 2016). Et la prévalence des violences envers les femmes demeure préoccupante: Selon l’Enquête Démographique et de Santé (2013), 10% des femmes interrogées ont rapporté avoir subi des violences physiques au cours des 12 mois précédant l’enquête, et 4% ont rapporté des violences sexuelles; 7% seulement des victimes ont porté plainte pour ces violences auprès des autorités compétentes.

Nous étudions dans cette dépêche la tolérance sociale et les attitudes en ce qui concerne l'égalité des sexes au Togo. Les résultats révèlent que la plupart des Togolais affichent des attitudes tolérantes à l'égard des personnes d'autres origines ethniques, religions, et nationalités, mais que très peu affichent la même tolérance à l'endroit des personnes qui entretiennent des relations homosexuelles.

Les Togolais soutiennent largement l'égalité des sexes en ce qui concerne les opportunités de la vie, telles que l'accès à l'éducation et au foncier et une chance réelle de décrocher un mandat public électif. Mais lorsque l'emploi se fait rare, une minorité significative préfèrent donner priorité aux hommes. Et la plupart des citoyens pensent qu’il vaut mieux pour une famille qu’une femme porte la responsabilité principale de sa gestion et de l’encadrement des enfants.

En ce qui concerne une question accessoirement connexe liée aux stratégies de réduction du taux de fertilité du pays, une majorité soutiennent la promotion de l'accès universel des filles à l’éducation et de l'autonomie financière des femmes, ainsi que l'adoption d'une politique limitant les naissances à trois enfants par famille.

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