AD211: Les Maliens sont divisés sur le rôle de l’Islam et pensent que les politiciens se servent de la religion pour régner

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Dépêches
2018
211
Thomas Isbell et Fadimata Haïdara

L'Islam est ancré au Mali depuis plusieurs siècles, et a parfois représenté des espoirs sociaux et politiques ainsi que religieux. Pendant la période coloniale, l'Islam est devenu un instrument de résistance; les Français ont réagi en essayant de dresser un « Islam noir » modéré contre un « Islam arabe » plus menaçant. L'Islam n'a joué aucun rôle majeur dans la politique post-indépendance, mais après l’avènement de la démocratie en 1991, au cours d’une période où l'autorité de l'état s’était affaiblie, l'Islam a contribué à combler l'absence de leadership socioéconomique et politique (International Crisis Group, 2017).

En 2012, suite au coup d'état ayant évincé le Président Amadou Toumani Touré puis à une rébellion Touareg, divers groupes armés ont pris le contrôle de la région Nord et plus récemment du centre du Mali. Ces groupes revendiquent, entre autres, l'instauration d'un état islamique et l’application de la Charia (Laub & Masters, 2015; George, 2012). Les événements récents ont mis en exergue une nouvelle dynamique Islamique dans la politique malienne, exploitée par les élites politiques, les leaders musulmans devenant des partenaires politiques de grande valeur, surtout pendant les périodes électorales (Haïdara, 2015). En dépit d'une grande attention régionale et internationale, les conflits internes au Mali demeurent non-résolus, et leurs conséquences à long terme sont incertaines (BBC, 2013; Human Rights Watch, 2017; Lacher, 2013).

Comment le Malien lambda perçoit-il le rôle de l'Islam dans son pays? Les données de la dernière enquête d'Afrobaromètre révèlent de grosses divergences de vues. Une faible majorité de Maliens pensent que l'Islam devrait être la religion d’état du pays, et presque la moitié d’entre eux soutiennent l'introduction de la Charia. Dans le même temps, une majorité des Maliens sont d’accord que l'Islam restreint les libertés personnelles et que les politiciens utilisent l’Islam pour régner.

Mais les Maliens rejettent fortement les affirmations selon lesquelles l'Islam prône la violence et est incompatible avec le progrès social et économique.