AD208: Les Burkinabè veulent tourner la page de l’insurrection populaire d’octobre 2014

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Dépêches
2018
208
Augustin Loada et Agnès Kaboré

Le 30 octobre 2014 des milliers de Burkinabè se mobilisent pour protester contre le projet de modification de la Constitution que s’apprêtait à voter l’Assemblée Nationale. Ce projet visait principalement à déverrouiller l’Article 37 de la Constitution qui limite à deux le nombre de mandats présidentiels et rendait le Président Blaise Compaoré inéligible à l’élection présidentielle de 2015. Les manifestations protestataires tournent à l’insurrection populaire. Le Parlement est incendié, des biens publics mais aussi privés, notamment ceux des dignitaires du régime, sont saccagés. La répression des manifestants fait officiellement 24 morts et des centaines de blessés. Le régime s’effondre et le président est contraint à l’exil le 31 octobre 2014.

Presque quatre ans plus tard, la quête de justice et de réconciliation nationale continue de dominer l’agenda politique au Burkina Faso. En effet, tandis que certains réclament la fin de l’impunité des crimes commis à l’occasion de l’insurrection, d’autres prônent la réconciliation. Dans ce contexte, l’ouverture le 27 avril 2017 devant la Haute Cour de Justice du procès des membres du dernier gouvernement du Président Compaoré accusés de complicité de coups et blessures dans le cadre de la répression des manifestations qui ont précédé l’insurrection d’octobre 2014 a donné de l’espoir aux Burkinabè en quête de justice. Au même moment, une partie des Burkinabè a commencé à plaider activement en faveur de la réconciliation nationale. Mais jusqu’ici, ce plaidoyer semble n’avoir pas encore rencontré d’écho favorable du côté du gouvernement en place.

Comment les populations perçoivent-elles ces questions? Selon la plus récente enquête d’Afrobaromètre, les Burkinabè semblent partagés entre manifestation de la vérité et oubli sur ce qui s'est passé durant l’insurrection.

La majorité d’entre eux sont favorable à l’amnistie pour les personnes suspectées de crime et de violation des droits de l’homme, et considèrent que la meilleure option pour une paix durable et la réconciliation nationale est la confession et le pardon. Dans l’intérêt de la réconciliation nationale, la moitié des Burkinabè, surtout les femmes et les ruraux, pensent que ce serait une bonne chose que Compaoré soit autorisé à retourner au Burkina sans crainte d’être emprisonné.

Ces résultats montrent un changement dans la vision des citoyens vers une volonté de tourner la page tumultueuse de l’insurrection.